Oui c’est celui là…
Même si ce n’est pas permis, voici l’article dans sa version complète :
Airbnb, Abritel, Booking… Les propriétaires se rebiffent contre les sites de location de vacances
Devenus incontournables, ces sites imposent leurs règles et leur prix.
Par Isabelle Rey-Lefebvre Publié aujourd’hui à 11h32, mis à jour à 16h04
Quelques géants de l’Internet se disputent le marché lucratif de la location de vacances. Airbnb, pour qui la France est, après les Etats-Unis, la plus vaste « communauté », avec 600 000 annonces, a bousculé le secteur et impose son modèle. Il est notamment copié par Abritel (Homeaway, Homelidays…) qui, après son rachat, en 2016, par le géant américain du voyage Expedia pour 3,9 milliards de dollars (3,5 milliards d’euros), a aligné ses pratiques. Il ne se contente plus de passer les annonces de propriétaires moyennant un abonnement mais perçoit des commissions en pourcentage auprès des propriétaires comme des locataires et, à l’instar d’Airbnb, utilise d’impénétrables algorithmes qui font valser les tarifs et les annonces des premiers rangs tant enviés.
Booking, connu pour la réservation hôtelière, s’est aussi mis sur le créneau et 20 % de son chiffre d’affaires (en 2018) provient désormais de la location courte durée. Le site de petites annonces Leboncoin a racheté Locasun, en juin, se hissant, selon lui, au rang de numéro deux du secteur, et pratique à son tour la commission sur paiement.
Maintenant que ces grands acteurs ont réussi à devenir incontournables, auraient-ils une tendance à abuser de leur puissance ? « Jusqu’en 2016, ils étaient aimables et aux petits soins avec les propriétaires. Aujourd’hui, ce sont des machines de guerre très directives et intrusives », accuse Pierre Tellep, fondateur du site Eldorado-immobilier.com, qui fédère 2 000 « propriétaires qui se bougent »et à qui il dispense ses conseils. « Ils mettent les propriétaires sous la pression croisée des commentaires et de délais de plus en plus courts, poursuit-il. Ils leur imposent des frais de service et des commissions toujours plus chères – 15 % en moyenne pour Airbnb, dont 3 % à la charge du propriétaire, 17 % à 30 % pour Booking… –, leur dictent leur conduite, les incitant lourdement à, par exemple, autoriser la réservation instantanée – obligatoire chez Booking – qui ne permet aucun échange préalable avec le locataire ni un éventuel refus… Leurs méthodes sont, en outre, opaques et changent sans arrêt. »
Algorithme « confidentiel »
Interrogé sur ce point, Airbnb renvoie à son site Internet, qui confirme : « L’algorithme de classement des annonces (…) tient compte de près de cent facteurs différents pour chaque recherche. (…) La liste exacte des facteurs pris en compte reste confidentielle. »
Pierre Tellep, par ailleurs ingénieur féru d’informatique, est propriétaire de quatre maisons à louer, dans la vallée du Rhône :
« J’avais, une fois, accueilli des locataires très peu soigneux qui avaient laissé les lieux en mauvais état. Je les ai, bien sûr, signalés sur le site Booking et ils ont, en représailles, laissé un mauvais commentaire sur l’appartement, faisant baisser ma note et mon classement. »
Une enseignante, propriétaire d’une maison dans les Landes, témoigne :
« Je tiens beaucoup à cette maison et la loue sur Abritel et Leboncoin pour la faire vivre. Mais ce n’est pas un hôtel et je veux, au préalable, échanger avec les locataires. Ces sites m’en empêchent. »
Les plates-formes ont, en effet, tout intérêt à ce que les contrats soient conclus le plus vite possible, sans risquer que propriétaire et locataire s’entendent directement dans leur dos mais aussi parce qu’elles empochent immédiatement arrhes et commissions qu’elles ne verseront au propriétaire qu’en fin de location, voire, comme Booking, un mois plus tard.
Clauses abusives
Ces sites sont donc vécus par un nombre grandissant de propriétaires comme abusant de leur hégémonie. Une enseignante de Nantes, propriétaire d’une petite maison de plage à Saint-Brevin-les-Pins (Loire-Atlantique), se souvient : « J’ai eu, une seule fois, le malheur de refuser un locataire car la maison ne convenait manifestement pas pour ses enfants en bas âge. Airbnb m’a sanctionnée en retirant plusieurs jours d’affilée mon annonce du site. Ils ne font rien, n’investissent rien, ne prennent aucun risque mais augmentent sans cesse leur commission… », soupire-t-elle. Face au maquis des tarifs et des frais, la Commission européenne a, le 15 juillet, contraint Airbnb à les intégrer dans le prix de nuitée affiché et, constatant des clauses abusives dans ses contrats, à les corriger d’ici fin août.
Benoît Vrancken loue, depuis quinze ans, sa villa Men Er Bellec à La Trinité-dur-Mer (Morbihan) et a, lui, pris le taureau par les cornes en fondant, en 2017, l’association Locations de vacances entre particuliers (LVP), qui compte déjà 2 000 membres mais n’offre évidemment pas la même visibilité qu’un site international :
« Je donne quelques trucs, comme créer un site personnel et attribuer, dans les annonces sur les grandes plates-formes, un nom à sa propriété pour que les candidats locataires astucieux aient l’idée de nous contacter directement. »
Les anciens du secteur, comme Gîtes de France, qui ont, en 2018, assuré 3,8 millions de nuitées, font aussi de la résistance : ici, pas d’algorithme abscons pour cacher la politique tarifaire ou brouiller la visibilité des propriétaires non alignés : « car nous sommes une association et notre seul but est que nos 42 000 propriétaires de gîtes soient contents et gagnent de l’argent tout en répondant à la demande des vacanciers, de plus en plus exigeants », explique Sylvie Pellegrin, directrice générale de Gîtes de France. De particulier à particulier (Pap.fr) réalise, lui aussi, 25 000 locations de vacances par an sur le modèle du simple site d’annonces payantes, de 89 à 129 euros, tout compris : « Sans beaucoup de publicité, nous voyons arriver chez nous les propriétaires déçus par les sites dominants, au rythme de 15 % à 20 % de plus chaque année », explique Corinne Jolly, directrice générale de PAP.
Les propriétaires pointent aussi l’irresponsabilité de sites comme Airbnb, Abritel ou Leboncoin, face aux fausses annonces copiées-collées d’authentiques, se faisant passer pour officielles mais contenant des liens trompeurs qui renvoient, pour le paiement, au compte bancaire de cybercriminels. La menace est si forte que l’association UFC-Que choisir a publié, le 24 juillet, une alerte à la tentative d’escroquerie sur le site Abritel, faisant état de 28 victimes ayant déjà perdu, chacune, entre 2 800 et 8 400 euros, qu’Abritel refuse d’indemniser au motif que la transaction a eu lieu hors de son site. Le 26 juin 2018, deux faussaires ont été condamnés, à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), pour avoir ainsi trompé 70 victimes depuis le site Leboncoin, absent de cette procédure menée par les seules victimes.
Benoit - Administrateur de LVP Direct
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