Bruno
J’ai le plus grand respect pour les producteurs de bio. La première assoc à laquelle j’ai adhéré à 18 ans quand je suis arrivé à Paris, fraîchement débarqué de ma province natale ce fût Nature et Progrès. J’avais lu Matteo Tavera et Masanobu Fukuoka avant l’âge de 25 ans, 20 ans avant la mode du bio et 30 ans avant celle de la permaculture. C’est ainsi que j’ai pu sauvegarder de simples tracts ronéotypés imprimés par les syndicats agricoles chrétiens dans les années 50, sur les prémisses de l’agriculture biologique dans les années de la reconstruction d’après guerre. Des histoires de paysans marginalisés par le machinisme agricole, effarés par l’arrivée en masse des engrais industriels vendus à grand renfort de marketing par les ingénieurs tous frais émoulus de l’INRA et déjà vendus aux multinationales de l’agrochimie arrivées en 45 dans les bottes des GI américains. Des documents que même les historiens de l’Inra n’ont jamais lu. Et j’ai dans ma bibliothèque les ouvrages les plus rares sur les débuts de la “Soil Association” en Grande Bretagne dans la période de l’entre deux guerres ( les français de “Nature et Progrès” n’ont fait que copier les associations anglaises et les associations allemandes d’avant guerre sur ces sujets). Sais-tu que parmi le groupe de pionniers de la Soil Association figure les premiers préhistoriens de la guerre ? ( la préhistoire des conflits est une sous discipline à part entière, au même titre que l’histoire des guerres ) L’histoire des grandes guerres puniques ( qui ont laissé des traces dans les récits des historiens antiques) est indéfectiblement liée à l’histoire du développement et de l’extension de l’agriculture céréalière “intensive” (chaque époque avait ses références en matière d’agriculture ” intensive ” ! ). C’est pourquoi les premiers critiques de l’agriculture moderne allèrent jusqu’à interroger la préhistoire pour comprendre comment la rationalisation des procédés de labour a accompagné le développement de la propriété privée sous l’Antiquité (et donc celui des guerres de razzia ) , avant de trouver un développement sans précédent grâce au machinisme agricole et à l’utilisation du pétrole quelques dizaines de siècles plus tard.
Les recommandations officielles en matière d’écologie sont exactement du même acabit que les recommandations officielles en matière de nutrition : suivre ces réglementations ne fera jamais de de toi un écologiste, ni même une personne en bonne santé. Ces recommandations n’existent QUE pour te donner bonne conscience.
Car pour le système technicien ( capitaliste) , donner bonne conscience au consommateur est CRUCIAL. D’abord parce que c’est bon pour le PIB. Ensuite en lui mettant des questions débiles dans le crane, il s’agit d’éviter que le consommateur ne se pose des questions TROP radicales sur le même sujet . Des questions qui seraient capables de disqualifier le système d’expertise médico-technico-étatico-capitaliste que la bourgeoisie a patiemment construit après la Révolution sur les décombres des savoirs traditionnels, dépossédant la paysannerie traditionnelle (opposée à l’agriculture intensive), les artisans (opposés aux constructions utilisant béton, ciment et parpaings de béton, et privilégiant les matériaux traditionnels ), les rebouteux et autres herboristes ( disparus ou disqualifiés, remplacés par les pilules des labos pharmaceutiques), les tenants de la médecine hippocratique cherchant à donner un sens aux maladies et refusant les actes chirurgicaux inutiles (les délires de l’amygdalectomie), ainsi que ses adversaires historiques traditionnels que furent (à toutes les époques) les militaires (accusant la bourgeoisie de créer les conditions de conflits militaires, voire d’exploiter habilement les conséquences de ces conflits ) et les religieux.
En faisant commerce uniquement de savoirs médicaux – agricoles – techniques reproductibles et généralisables à l’ensemble de la population , des animaux , des plantes cultivées (la sélection des gênes et des graines !), la bourgeoisie a clairement montré son désintérêt pour toute connaissance minutieuse du vivant et pour tout savoir idiosyncrasique ( on chercherait en vain dans la presse scientifique la moindre expérience d’auto-thérapie basée sur l’instinct idiosyncrasique des malades !). L’unique souci de la bourgeoisie est désormais de diriger des “troupeaux d’êtres humains” de manière parfaitement rationnelle (il s’ensuit par exemple que tout le monde sera vacciné de la même façon…). Et c’est bien en prétendant détenir un savoir universel et un modèle politique unique (démocratique basé sur des “élections libres” ) qu’elle prétend continuer à asseoir son autorité (de plus en plus contestée.
La situation catastrophique des sociétés civilisées (qu’on pourrait résumer par la formule “nous dansons sur un volcan…”) dépasse de très loin la mesquinerie des réglementations du ministère de l’écologie et des labels verts en tout genre sensées nous protéger des conséquences désastreuses de la gestion du monde par l’ordre marchand. Cette situation catastrophique ( conflits armés, pathologies, règne du mensonge…. ) n’a d’égale en réalité que la dépossession et la délégitimation des savoirs traditionnels par les médecins, ingénieurs agronomes et autres technocrates dont la présence permanente sur les plateaux télévisés vise à créer un effet de sidération permanente des populations (voir l’excellent Jacques Ellul) empêchant toute possibilité d’imaginer un autre monde.
Je ne crois pas à l’écologie technocratique d’accompagnement du système capitaliste. Cette écologie là me fait marrer. Et je ne crois surtout pas à son pouvoir rédempteur.
Si je devais esquisser la figure de l’écolo sincère à la sauce de ma génération, ce serait quelque chose comme la figure du prêtre qui se déplaçait dans le temps en solex ( car le prêtre n’était pas super pressé dans ses déplacements), ne sortait jamais de son diocèse, sauf pour aller à l’évêché, n’allait pas en vacances au bout du monde, ne prenait surtout pas l’avion, vivait dans une presbytère meublé de manière très “inconfortable” aux yeux des bourgeois , n’avait pas nécessairement de frigidaire ( vu que le réfrigérateur ne sert qu’à stocker des aliments confectionnés ou déjà industrialisés) , et certainement pas de lave linge et encore moins de sèche linge, et faisait ses courses au marché pour pouvoir rencontrer ses ouailles en leur souhaitant “plus de lien et moins de biens”.
J’en ai connu des prêtres comme ça quand j’étais gamin. Le prêtre d’antan, c’est un peu la version ancienne de ce que des radicaux essayent de nous vendre aujourd’hui sous le nom de “décroissant”. Sans la soutane. Mais avec la même foi dans l’homme, et la même critique radicale de la société de consommation, de ses mensonges et de ses illusions.
Si tu me parles de ce modèle là d’écologie , je veux bien entendre tes critiques. Mais si tu veux me vendre ton écologie “puriste” du robinet qui fuit, du pot catalytique, des panneaux solaires, des labels verts “qui vaudraient mieux que d’autres”, et autres voitures électriques…….désolé je laisse ces âneries aux autres. On ne me la fait pas.